Les heures s'étiraient jusqu'à en paraître éternelles. Mende Kaldi regardait Voldemort sans réellement comprendre ce qu'il faisait. Il prononçait des formules magiques, restait longtemps en transe devant le médaillon et de temps à autre lui prenait du sang qu'il mélangeait à d'autres ingrédients. Une bonne quantité d'ailleurs. La potion devait être efficace. Mende se dit que nombre d'hôpitaux moldus apprécieraient de la posséder pour faire face à la pénurie de la banque du sang. Quoique, d'un point de vue écologique ce n'était pas vraiment une bonne idée : les lobbies pharmaceutiques iraient piller la faune et la flore encore relativement préservée de ce qui était considéré comme appartenant au monde magique.
Pour la première fois depuis bien longtemps elle pouvait se permettre de se perdre dans ses réflexions, de laisser son esprit vagabonder librement. Elle jugea cela assez ironique : devoir se retrouver prisonnière de Voldemort pour ressentir une certaine (et très relative) sécurité : il ne la tuerait pas tout de suite, elle était assurée (enfin presque) de voir le lendemain. Cette situation lui convenait : il semblait pour l'instant qu'il la considérait comme une réserve d'hématies qui coaguleraient si elles restaient trop longtemps dehors. D'où une petite prise ponctuelle plutôt qu'une grosse de temps en temps.
Et m! Mende s'aperçut qu'il venait de lever vers elle des yeux écarlates avec une expression qui ne lui disait rien de bon. Adios la tranquilidad, soupira-t-elle mentalement. Son statut de meuble était désormais révolu. Apparemment il venait d'avoir une idée sur le moyen d'activer le médaillon.
« Crucio »
La jeune femme s'effondra sur le sol face à l'afflux soudain de messages nerveux en trop grande quantité que l'on qualifie couramment de douleur. Puis cela cessa.
« Intéressant, commenta Voldemort penché sur le médaillon
-Cela vous aide à réfléchir, cracha Mende
-Endoloris »
Le même sortilège, mais avec la formule francophone.0
« Vraiment intéressant » Puis il lui plaça le médaillon sous les yeux « Que perçois-tu? »
Ce qu'elle percevait ? La douleur résiduelle des sorts de tortures et surtout cette colère qui montait en elle, pulsant dans sa tête au rythme des oscillations pendulaires du médaillon. Oui, elle était pleine de rage et de fureur à l'encontre de cet être machiavélique qui la traitait comme un distributeur de la banque du sang ou comme une poupée de chiffon que l'on peut faire souffrir à volonté. Mais les chiffons cachent parfois des épines...
En vérité, elle n'avait qu'une envie : voir comment un sorcier réagirait face à une ixil déchaînant sa colère. Le problème était l'identité du sorcier : Voldemort, et cette expérience pouvait mal se terminer pour l'ixil. De plus si elle voulait les médaillons, elle ferait mieux de jouer le jeu, un temps. Aussi Mende préféra se concentrer sur le loup, et bientôt elle ne put se détacher des yeux de rubis de la bête. Elle projeta instinctivement son esprit vers le canidé ornemental qui semblait étrangement réceptif, comme compréhensif. Et les yeux écarlates s'embrasèrent, d'abord par intermittence au rythme des battements du coeur de la jeune femme, puis la fréquence augmenta et finalement les oculaires carmins furent illuminés en continu. Mende leva un sourcil surpris.
« Alors, s'impatienta Voldemort.
-Il me semble qu'il réagit à mes émotions, répondit calmement l'ixil.
-En effet... »
Et cela impliquait qu'elle était nécessaire au contrôle du talisman. Du moins pour l'instant.
Les deux magiciens restèrent un moment silencieux réfléchissant aux conséquences de cette découverte. Voldemort jusqu'à présent avait espéré qu'il n'aurait eu besoin de l'ixil que pour trouver et à la rigueur activer les médaillons. Mais à présent il devait chercher pourquoi il réagissait aux émotions de l'ixil et comment y remédier. Il entrevoyait deux solutions pour l'instant : ou bien il trouvait la particularité du sang de l'ixil et le moyen de la synthétiser, ou bien il devrait contrôler parfaitement l'esprit de Kaldi. Il se surprit à regretter qu'elle ne fût pas moldue : la deuxième solution aurait été nettement plus facile. Il existait bien une troisième solution mais elle était beaucoup trop dangereuse et hasardeuse pour qu'il la prenne en compte.
Mende ne savait pas si c'était un mal ou un bien pour elle que le médaillon semblât fait pour lui obéir. D'un côté elle pourrait ainsi avoir un avantage sur Voldemort. Mais d'un autre le sorcier ne tolérerait sûrement pas une volonté entre lui et le talisman. Il ne pouvait le supporter.
Le mage noir poursuivit :
« Les yeux brillent lorsque tu ressens des émotions d'une certaine intensité : douleur, colère. Ils ont brillé peu de temps avant le doloris. À quoi pensais-tu? »
Le ton était cassant, injonctif. Visiblement ce qu'il découvrait ne lui plaisait pas. Mende jugea plus prudent de répondre : mieux valait ne pas attiser le feu sous peine de s'y brûler. Elle se réprimanda mentalement pour avoir pensé à lui alors qu'elle se trouvait à proximité d'un mage noir. Elle choisi soigneusement ses mots avant de répondre. La jeune femme se savait en terrain glissant :
« Je pensais à un ixil, Biophtoros »
Voldemort la dévisagea, de ses yeux qu'illuminaient d'inquiétants éclairs cramoisis, à la recherche d'indice sur la véracité de ses dires.
"Hily" appela t-il. L'elfe de maison apparu.
"Maître?
-Ramène-là, puis s'adressant à Kaldi, n'essaye rien contre moi, prévint-il, si jamais tu tentes quoi que ce soit, je te tuerais. Même s'il me faut dix ans pour trouver une autre clé. Je te garantis que je ne le ferais pas d'un simple avada. Est-ce clair?
- Très clair"
Lorsque l'ixil fut sortit le mage noir se plongea dans ses réflexions. Elle n'avait pas mentit. Il le savait et c'est bien pour cela qu'il trouvait que quelque chose n'allait pas. Dans un premier temps il avait agit de sorte à éviter la panique de l'ixil : lorsqu'un fauve se retrouve acculé il attaque ; le mage noir aurait été obligé de la tuer puis de trouver une autre personne pouvant ouvrir les chambres. Voldemort avait donc songé l'amadouer le temps de trouver les médaillons : les ixilik manquent bien souvent de repères aussi est-il possible, en tant que puissant sorcier à la tête d'une organisation secrète à but non pacifique, d'en faire un fidèle serviteur. Il aurait ainsi pu remplacer Bellatrix Lestranges dans le rôle de la fanatique hystérique de service. Cette dernière commençait à le lasser. Il restait aussi l'option amusante de les laisser s'entre-tuer...
Seulement il y avait un détail qui ne lui plaisait vraiment pas : elle semblait ne pas le craindre, du moins pas en tant que puissant mage noir. Il trouvait cela certes très irritant mais, au delà de son ego, il se demandait quelle en était la raison. Voldemort n'en voyait qu'une possible : elle avait déjà côtoyé un mage noir, soit en tant que proche lieutenant soit en tant qu'empecheur de prendre le pouvoir en rond. Venait alors une autre question : qui était cet autre mage noir?
Sur ce Nagini revint :
-Je t'avais dit qu'elle allait s'apercevoir de ma présence, fit le serpent, Alors qu'elle se trouvait devant la porte de la chambre elle s'est tourné dans ma direction et a déclaré que ce qui est invisible aux yeux ne l'est pas au Nisir. Puis elle est entrée.
-Toi qui l'a observée toute la journée que penses-tu d'elle ? questionna Voldemort
-Méfie-toi. Elle ne peut utiliser ses pouvoirs contre toi, mais il faut toujours garder à l'oeil une ixil qui se choisi un nom comme le sien. Mendekaldi veut dire vengeance en basque et Mende siècle. Je dirais qu'elle à la rancune tenace. D'ailleurs, je me demande pourquoi elle a choisi le basque, alors que d'après son accent, elle vient de Barcelone.
Nagini était un serpent qui possédait de très nombreux talents, outre celui de supporter le mage noir. Elle était notamment capable de comprendre presque toutes les langues, même si elle ne parlait que le fourchelangue. Elle savait aussi écrire mais Voldemort n'avait jamais pu savoir comment elle s'y prenait. "Secret de serpent" lui répondait-elle quand il la questionnait à ce sujet.
-Serait-elle rancunière? poursuivit Jedusor. Mais peu importe, elle peut-être gênante mais pas dangereuse.
-J'aimerais en être aussi sûre. Elle cache quelque chose.
-Probablement, c'est une ixil, fit Voldemort, comme si cela tombait sous le sens. Le tout est qu'elle reste calme jusqu'à ce que je trouve les médaillons. Après je n'en aurai plus besoin.
-Sauf que le talisman lui obéira probablement, objecta Nagini. Le médaillon du loup réagit à ses émotions.
-Je sais et je m'en inquiète. Mais je n'est pas le choix. Si l'autre est réellement de retour...
-Je n'aime pas cette idée des médaillons, tu ne connais même pas le but des atlantes.
-C'est vrai, concéda le mage noir, mais je doute fort que cela soit de détruire l'humanité. Et s'il apporte vraiment l'immortalité...
-Tout de même, il y a trop d'inconnues, insista-t-elle.
-Je te l'ai dit je n'ai pas d'autres alternatives. Je figure parmi les personnes à éliminer en priorité..
-Mais tu l'as déjà vaincu une fois, rappela le serpent, et tu n'avais que dix-huit ans.
-Mais Dumbledore était-là, et je n'ai eu qu'à faire une diversion.
Tom Jedusor avait appris le retour du mage noir peut de temps après le mort du directeur de Poudlard. Il commençait à regretter que ses serviteurs aient réussi.
-Et aujourd'hui tu as des mangemorts qui pourraient t'aider à le vaincre.
-Des sorciers que des gosses tiennent en échec? fit Voldemort avec mépris. Si je voulais l'attaquer maintenant, j'aurais plus de chance avec Potter et l'AD. Ces derniers manquent tellement d'instinct de survie qu'ils n'hésiteraient pas à lui faire face.
Le mage noir esquissa un sourire mauvais en imaginant ses deux plus grands ennemis se battre dans un duel à mort dont aucun n'en rechaperaient.
-Non, poursuivit-il, il faut que je trouve le talisman, ne serait-ce pour qu'il ne tombe pas entre ses mains. Il le cherchait il y a soixante ans, il le cherchera aujourd'hui.
-Admettons. Mais je continu à penser que le mieux serait de détruire les médaillons qu'on trouve. Avec un seul, le talisman n'est plus fonctionnel.
-Et comment le détruirais-tu ? Toujours est-il que j'ai maintenant une longueur d'avance sur lui : l'ixil.
-Parlons-en de l'ixil s'emporta Nagini. Elle est bien trop calme, elle collaborera jusqu'à ce qu'on trouve les médaillons mais dans quel but... Et elle ne me semble pas faire partie de ceux qui craignent ton nom. Elle te considère comme dangereux mais pas effrayant.
-Je sais déjà tout cela, j'y ai déjà réfléchi. J'en suis arrivé à la conclusion qu'elle avait déjà côtoyé un mage noir, ou un magicien en passe de le devenir. Le tout est de savoir qui. Il y a quelques semaines je croyais être le seul, mais il y a celui qui revient.
-As tu envisagé qu'elle pouvait être envoyée par lui pour te tuer lorsque le temps serait venu? Il te reste un Horcruxe, mais quand même. En plus tu ne sais même pas où est passé ce médaillon de Serpentard.
-Vas-y, retournes le couteau dans la plaie, maugréa Tom.
-Écoutes mes conseils alors, répliqua Nagini.
-Oh, ça va, il ne sont pas tous bon. J'ai réuni tout les Horcruxe qui me restaient sauf un. Et il n'est pas encore détruit je l'aurais senti sinon. Dumbledore et Potter sont passés deux jours avant moi et alors? S'il est entre les mains du gamin... Au pire il détruira le contenan et mon morceau d'âme trouvera son chemin jusqu'à moi, comme pour le journal.
-Et si ce n'est pas le cas? s'enquit le serpent.
-Seul l'autre aurait put le trouvait en dehors de Dumbledore. La barque ne peut être remarquée que par un mage. Il l'aurait détruit sans attendre. Pour en revenir à l'ixil, je ne crois pas qu'elle soit à son service. Lui m'envoyer une ixil blessée et semblant ignorer l'existence des médaillons ? Qui,de plus, est capable d'ouvrir les chambres ? Non, il a passé trop de temps à chercher une clé pour me l'envoyer aussitôt trouvée.
-Alors tu suggères qu'il y a un autre mage noir? Trois ça commence à faire.
-Il y a cinquante ans ils étaient deux, et je le suis devenu dix ans après, rappela Voldemort. De plus j'ai entendu dire que les ixilik avaient trouvé un nouveau meneur.
-Et ce serait lui le mage? Peut-être. Elle aurait donc fait partie de ses opposants ou de ses lieutenants.
-Je pense en tout cas qu'elle n'est pas dans le camps de ces imbéciles qui se disent de la lumière. J'ai observé sa réaction en entrant dans la crypte. Elle était curieuse, sans rejet pour la magie noire. Et son arme, il a fallu une bonne connaissance de cet art pour la réaliser.
-Peut-être, supposa le serpent, que c'était elle la meneuse?
Voldemort balaya cette objection :
-Trop jeune, même pour une ixil.
L'homme et le serpent restèrent un instant dans le silence, plongés dans leurs réflexions. Ils n'en étaient qu'à de simples hypothèses qui semblaient manquer de solidité. Ils n'avaient pour l'heure aucune certitude, tant sur l'ixil que sur le retour de l'Autre. Mais si l'ancien mage noir revenait pour de bon, ils avaient tout deux conscience qu'ils auraient intérêt à être préparé. Voldemort se rappelait de la folie de son prédécesseur, une folie que tout humain désirant vivre, lui compris, se doit de combattre.
Nagini finit par reprendre la parole :
-Et ce Biophtoros? Tu as remarqué son nom?
-Oui, cela signifie à peu près "celui qui detruit la vie en la prenant" en grec ancien
-Ou en la volant. Les ixilik utilisent un second nom pour éviter que l'on me connaisse leur vrai. Il y a quelque chose de sacré, selon eux, dans le nom qui leur fut donné à la naissance.
Sur ce point, je les trouve assez ridicules songea Jedusor,quoique il y a certains noms dont on se passerai volontiers.
-Alors ils en choisissent un qui les caractérise et qui en dit plus long sur eux qu'un simple patronyme à l'état civil. Je sais cela, Nagini, j'ai déjà côtoyé des ixilik.
-Tu n'aurais pas dû la renvoyer ainsi, sans en savoir plus sur cet ixil.
-J'ai préféré la renvoyer avant de perdre mon calme. Il vaudrait mieux que je n'ais pas à la tuer.
-N'empêche, quelque chose me dit qu'il sera un élément non négligeable. Tu as vu l'éclair meurtrier qui a traversé ses yeux quand elle a prononcé ce nom?
-Elle doit lui en vouloir pour une quelconque raison. Une envie de vengeance.
-Ces ixilik passent leur temps à s'entre-tuer, ils vivent en marge et...
Mais Tom n'écoutait plus. Ce nom, Boiphtoros, lui en rappelait deux autres, bien familiers. Le sien bien sûr, Vol de mort, mais aussi "le mangeur d'âmes", Psukestion. Il était l'ixil accompagnant Grindelwald. Ce Biolestes avait-il choisi ce nom par hasard? Ou voulait-il au contraire lui adresser un message? Il y avait trop de questions sans réponse. Il devrait interroger (attention les nerfs!) Kaldi à ce sujet. Cependant il avait maintenant d'autres affaires à régler ; du genre de celles qu'à un mage noir après avoir laissé ses serviteurs, cette bande d'incapables, un mois sans instructions. Rattrapage de catastrophes en prévision.
-Eh Tom tu m'écoute! fit Nagini qui venait de s'apercevoir qu'elle parlait dans le vide.
-Hum? oui, répondit vaguement le mage noir. Il va falloir y aller avant que les mangemorts ne me fasse une idiotie plus grosse que Crabble et Goyle réunis.