Mende s'éveillait doucement avec l'impression d'avoir fait un mauvais rêve, un cauchemar dans lequel ils étaient sur le point de la retrouver et où elle se faisait enlever par Voldemort pour ouvrir une salle, des salles, puisqu'il ne l'avait pas tuée. Enfin ce n'était qu'un rêve, ou du moins essayait-elle de s'en convaincre, sa conscience fonctionnant au ralenti. Elle n'osait pas ouvrir les yeux de peur de perdre ses maigres illusions et de devoir faire face à la dure réalité. Elle voulait encore croire quelques instants que le lit dans lequel elle se trouvait était le sien. À la réflexion faite, qu'elle se trouve dans un lit ne pouvait signifier que deux choses : ou bien ce dernier mois au moins n'était qu'un cauchemar ou bien tout était des plus réel.
Résignée, elle se décida enfin à ouvrir les yeux... pour tomber nez à nez avec deux globes oculaires vert de la taille d'une balle de tennis qui la fixait. Par réflexe et par magie, elle l'envoya contre le mur, avant de s'apercevoir que ces yeux appartenait à une petite créature grisâtre avec de grandes oreilles faisant penser à celle des chauves-souris. Un elfe de maison! Mende se mordit les lèvres : se montrer si agressive n'allait lui apporter que des ennuis.
-Ça va ? Lança-t-elle au petit être un peu sonné.
-L'ixil n'a pas à se préoccuper de Hily couina-t-il
Mende se rappela l'extrême déférence dont faisait preuve ces créatures. Pitoyable!
-Le maître envoie Hily dire à l'ixil qu'il viendra la chercher dans une heure. D'ici là, elle pourra se restaurer (il fit apparaître un plateau avec tout ce que l'on pouvait désirer pour rompre le jeûne de la nuit). Il a aussi dit que l'ixil n'aurait pas à craindre pour sa vie et serait bien traitée si elle coopérait.
Sur ce il disparut.
Mende haussa un sourcil, surprise. Elle se serait plutôt attendue à se retrouver oubliée dans un cachot aux parois suintantes d'humidité. Au lieu de cela, elle se réveillait dans un confortable lit à baldaquin en sapin, dans une chambre certes petite mais assez confortable avec des murs lambrissés et des tentures vertes émeraudes. Il y avait une fenêtre à l'est (le soleil s'y levait), côté contre lequel s'appuyait la tête du lit et un coin salle de bain comprenant une douche et un lavabo au sud, une porte se situant à l'ouest. Tout cela était bien curieux.
L'ixil se leva et attrapa un morceau de pain. Elle doutait que la nourriture soit empoisonnée, Voldemort l'aurait tuée depuis longtemps s'il le voulait et le Nisir (terme qu'emploie les ixilik pour parler de la magie qu'il considère presque comme une entité pensante : cf starwars et la force quoi) ne lui indiquait aucun danger à avaler un morceau, tandis que son estomac lui en signalait un si elle ne mangeait pas.
La jeune femme réfléchit sur l'attitude à adopter, tout en prenant une douche qui lui fit le plus grand bien. Se braquer contre Voldemort n'était sûrement pas, pour le moment, la meilleure solution. Mende se demandait pour quelles raisons il agissait ainsi. Il devait probablement attendre quelque chose d'elle, mais quoi? Elle était une ixil et donc classée comme incontrôlable et en proie à une folie destructrice. Cependant c'était Voldemort et il avait déjà rallié à sa cause les détraqueurs, les géants et les loups-garous. Un ixil à côté... Mais qu'aurait-il à y gagner? Dans un face à face ixil et sorcier se valaient en général. Toutefois il y a le médaillon. La jeune femme fronça des sourcils. Il devait y en avoir d'autres, c'était certain, mais si cela expliquait pourquoi elle était en vie cela ne lui disait pas pourquoi elle avait échappé au cachot. Non cela devait provenir du fait qu'elle était ixil.
Elle sortit de la douche et se sécha. Il fallait qu'elle sache pourquoi, pour cela elle ne voyait qu'une solution : collaborer, ou du moins ne pas se montrer trop contrariante au projet du seigneur de ténèbres. Ainsi devrait-elle contrôler sa nature impulsive.
Elle enfila les vêtements qui étaient apparus sur le lit. Il pense à tout, il faut vraiment que je me méfie, à croire qu'il veut m'embrigader.
Mende ne put s'empêcher un sourire devant cette pensée absurde. Quand elle repensait à ce qui l'avait fait tomber dans la disgrâce, elle trouvait que sa situation présente, sauvée momentanément par Voldemort des ixilik qui voulaient sa peau pour trahison, sa situation se trouvait être un curieux jeux du sort.
Comme il lui restait du temps l'ixil se mit à la fenêtre pour regarder la mer que le soleil éclairait de ses rayons ambrés. Sa position avait sensiblement variée, et la jeune femme en déduisit que là où elle se trouvait les journées devraient être assez courtes en cette saison : elle ne devait pas se trouver loin du cercle polaire sud.
Elle se laissa glisser dans le nisir qui se fit apaisant, réconfortant, et plongea dans l'étendue émeraude de l'océan, affleurant par la pensée la flore et la faune qui vivait sur cet îlot. Elle vibra au rythme des anémones et des oursins, remonta à la surface en suivant un petit poisson argenté qui flirta alors avec l'atmosphère. La jeune femme sourit pour elle-même lorsqu'elle aperçut un bateau qui se détachait sur la ligne d'horizon et se demanda ce qu'il pouvait bien transporter. Peut-être une équipe de scientifiques givrés qui partaient en mission de plusieurs mois sur une base du continent austral.
-Sais-tu qu'ils ne peuvent pas nous voir? Glissa une voix à son oreille;
Mende sursauta. Comment Voldemort avait-il pu l'approcher si près sans qu'elle ne s'en rende compte? En fait, elle avait beau fouiller dans le nisir, il était comme absent, invisible à ses sens. Étrange, je me demande quelle protection il a pu utiliser.
-Il y a une protection repousse moldus, supposa-t-elle.
-Exact, cette tour fut construite par Salazar Serpentard pour s'éloigner de cette vermine.
-À une époque où la majorité croyait que la Terre était plate, cela devait-être efficace. Cela marche aussi contre les vues satellites?
-Bien sûr, même si quelques mises à jour ont été nécessaires.
Mende se retourna pour faire face à son interlocuteur.
-Que me voulez-vous ? Demanda-t-elle brusquement. Bien pour le tact, bourrine !
Lord Voldemort esquissa un rictus qui semblait signifier de l'amusement.
-Ce que je te veux ? Que d'impatience jeune fille ! Tu découvriras ce qu'il te faut savoir en temps voulu. Toutefois, garde-toi de poser trop de questions impromptues si tu ne veux provoquer mon ire.
Mende acquiesça.
-Bien, peut-être qu'à défaut de m'ouvrir ton esprit, me livreras-tu ton nom ?
La jeune femme resta un moment silencieuse, partagée entre la curiosité, la peur et la colère. Un ixil ne donnait pas son nom facilement à un sorcier, car pour lui le nom représentait sa personnalité, son identité, son essence même dans le nisir. En cela, connaître le nom d'un ixil conférait selon leurs croyances au sorcier un certain pouvoir sur lui, aussi ne leur disaient-ils que sous la menace ou en gage de confiance, ce que n'ignorait certainement pas le seigneur des ténèbres. Mais présentement, Mende n'avait pas le choix et Voldemort valait mieux pour elle, à cet instant, que Biolestes.
-Mende Kaldi, finit-elle par lâcher
-Je suppose que je devrais m'en contenter, déclara Voldemort sur le ton d'un adulte s'adressant à un enfant de mauvaise foi, mais je sais que tôt ou tard tu m'en diras plus.
-Si vous ne me tuez pas avant, répliqua amèrement la prisonnière
-Quelle idée ! Bon nous n'allons pas passer la journée à discuter, suis-moi.
Mende s'exécuta sans mot dire.
Ils sortirent de la chambre pour arriver face à un escalier en colimaçon de pierres volcaniques. A gauche se trouvait un couloir menant à une lourde porte en chêne massif. Ils descendirent l'escalier pour arriver dans l'angle sud-est d'une grande salle d'apparat de dominante vert et argent, puis ils empruntèrent un autre escalier, situé sur leur gauche au bout duquel se trouvait une crypte qui diffusait une forte odeur de magie noire. Curieusement, bien que devant se trouver sous le niveau de l'eau, l'atmosphère de cette pièce n'était pas humide, comme d'ailleurs tout le reste du repère de Voldemort. La tour devait être hydrofugée, permettant ainsi une meilleure conservation des grimoires qui colonisaient les murs, cette crypte s'avérant être une salle d'étude. La pierre disparaissait sous les innombrables étagères, pour la plupart surchargées de livres anciens et récents, divers et étranges objets jonchant les autres. Un bureau style Louis XV se trouvait à la droite de l'entrée, sur lequel reposait un antique grimoire à la couverture de cuir enluminée de lettres d'or, ainsi que le médaillon de la grotte. La jeune femme nota que tout se trouvait ranger au millimètre près, Voldemort devait être un maniaque de l'ordre (du phénix ? ) Hily devait avoir beaucoup de travail.
L'homme au regard de braise fit asseoir sa prisonnière et attira à lui le médaillon.
-Connaît-tu sa légende? demanda-t-il
-Non.
-Elle n'est pas très connue, mais je vais te la raconter.
Génial, voilà Voldemort qui me raconte une histoire. Finalement peut-être que je suis encore en train de rêver, ou bien, il a vraiment l'esprit dérangé. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il y a requin sous roche.
-L'histoire, commença-t-il, se déroula il y a 3000 ans. La cité glorieuse avait disparu sous les eaux depuis plusieurs génération déjà, mais six mages (magiciens très puissants, possédant souvent en plus d'un savoir immense, des terres et une petite armée, Voldemort est un mage mineur) (magicien : terme plus général que sorcier ou ixil, regroupant tout homo sapiens capable d'utiliser, de perturber volontairement la magie) décidèrent de poursuivre l'½uvre de leurs ancêtres. En ce but, ils réalisèrent, mettant en commun leur magie, un talisman composé de six médaillons, chacun représentant l'emblème de son créateur. Pris séparément, ils conféraient certains pouvoirs, dont celui de contrôler les représentants vivants de l'emblème, mais ils devaient apporter, assemblés sous la forme du talisman, l'immortalité et un pouvoir quasi-invincible à son détenteur. Cependant ils ne se faisaient pas confiance aussi les médaillons ne furent jamais réunis. Dans le même temps, la communauté magique, effrayée par une telle puissance concentrée en si peu de main, se lança dans une croisade pour mettre fin à leurs agissements. Sentant leur fin proche mais ne pouvant se résoudre à céder leur pouvoir aux cinq autres, ils cachèrent séparément les médaillons afin que dans le futur seul un magicien digne d'achever leur oeuvre puisse le trouver. Ils les protégèrent par un sort n'autorisant que les personnes présentant un sang bien particulier à pénétrer les cachettes.
-Et les médaillon sombrèrent dans l'oubli pendant 3000 ans, jusqu'à hier, conclut Mende
Voldemort hocha de la tête.
-Pas tout à fait, tu te doutes bien que de nombreux magiciens ont essayé de les retrouver, mais aucun ne devait être assez puissants, assez savants ou présenter le sang qu'il faut. On raconte que seul Merlin possédait les trois qualités, mais qu'il se refusa à les chercher.
-Pour quelles raisons ?
-Qui peut savoir ? Toujours est-il que tu es la seule à avoir le sang requis depuis au moins 50 ans, ou du moins la seule qui en ait eu conscience.
-En me sentant attirée par la grotte.
-Exactement. Comme tu le seras probablement par les autres lieux, ce n'est qu'une question de temps.
Mende commençait à comprendre, bien que les réponses qu'elle obtenait lui apportaient milles autres questions. Une partie de l'intérêt que Voldemort lui portait provenait de sa particularité sanguine : il espérait grâce à elle retrouver rapidement les autres médaillons et en obtenir le contrôle. Pour cela il avait besoin, d'autant plus que c'était une ixil, qu'elle collabore au moins un peu. Aussi lui donnait-il de nombreuses, mais au combien partielles, informations et semblait enclin à ne pas (trop) la torturer, pour l'instant. L'ixil jugea qu'il était dans son intérêt de jouer le jeu un temps, jusqu'à ce qu'elle trouve les médaillons. Alors, si ce qu'il racontait était vrai, elle avait des chances de pouvoir mieux les contrôler que lui, ce qui ouvrait d'intéressantes perspectives…
Voldemort poursuivit :
-Il faut maintenant le médaillon activer pour utiliser le pouvoir du loup, mais cela n'est écrit dans aucun livre. Ils devaient laisser à leur successeur le loisir de trouver le moyen, la seule indication étant la nécessité du sang.
Le mage noir fit apparaître sur son bureau divers objets, dont plusieurs tubes à essais.
-Et probablement ta présence, le sang seul ne semblant pas suffire. Ta main.
Mende la lui tendit. Elle sentit un léger picotement lorsqu'il y appuya sa baguette et aperçus du coin de l'½il qu'un des tubes se remplissait d'un épais liquide cramoisi. Intéressant comme transfert. Puis Voldemort matérialisa, d'une arabesque esquissée à la baguette magique, une coupe remplie d'un liquide marron.
-Tu dois le boire, c'est une potion reconstituante de sang. Il serait ennuyeux de vider le stock, n'est-ce pas ?
La jeune femme acquiesça, saisi la coupe et le but en réprimant une grimace. Infâme.