Chapitre 2 : Sombres pensées

Pendant ce temps, en Angleterre, dans un des ces nombreux et au combien impersonnels quartiers résidentiels de Londres, un adolescent de 17 ans repensait à son mentor disparu. Enfin, il aurait 17 ans dans quelques heures. Alors, il serait obligé de partir, de quitter ce foyer qu'il n'avait jamais aimé, la protection du sang ne fonctionnerait plus.

Harry Potter, allongé dans l'herbe fraîche, contemplait, en ce doux soir d'été, le ciel sombre que peu à peu, une myriade d'étoile venait à éclairer. Dumbledore lui manquait. Tout comme Sirius. Il se sentait si seul à présent, orphelin pour la troisième fois. La première fut lorsque Voldemort tua ses parents en cette triste nuit du 31 octobre 1981, à Godric hollow's. Lors de la deuxième, il avait assisté, impuissant, à la disparition de son parrain dans les limbes sous l'effet d'un maléfice de sa cousine Bellatrix Lestrange. Sirius Black était le meilleur ami de son père. Cependant, il fut accusé injustement de l'avoir trahi auprès de Voldemort, passa d'innombrables années dans la terrible prison d'Askaban, gardée par les détraqueurs. Ces créatures d'outre-tombes vous aspirent toutes pensées joyeuses, afin de s'en repaître. Enfin, la troisième était peut-être la plus terrible, car il avait alors vu l'homme qu'il admirait tant, Albus Dumbledore, qui l'avait prit sous son aile cette dernière année, être réduit à l'impuissance par cette potion infâme pour être assassiné par celui en qui le directeur avait tellement confiance, Severus Rogue.

Maintenant Harry venait parfois à souhaiter la mort lente et cruelle des trois meurtriers, il désirait les faire souffrir, longuement, méthodiquement, pour leur fautes, pour avoir détruit son enfance. Mais quand il reprenait ses esprits et que la haine et la rancoeur quittaient son coeur, un profond sentiment de détresse l'envahissait : de telles pensées le rapprochaient inéluctablement de Jedusor et il ne voulait pas devenir comme celui qui avait fait involontairement de lui un fourchelangue. Cependant chaque jour le désir de vengeance se faisait plus fort et l'ancien directeur n'était plus là pour le raisonner. Serait-il le futur mage noir, prenant la place Voldemort qui avait lui même succédé à Grindelwald ?

Cette idée lui donnait la nausée. Pour oublier ces pensées décidément bien trop noires, il tournait son esprit vers des questions qui nécessitaient une réponse au plus vite. Que devait-il faire ? Comment retrouver et détruire les horcruxes? Comment survivre jusque là ?

Il regarda sa montre : 22h30. Où irait-il dans moins de deux heures? Car il en était certain Voldemort attendait cet instant avec impatience et apparaîtrait dans la seconde, ou du moins dans la minute, où il atteindrait sa majorité dans le but de mettre fin à son existence de gêneur Et il serait très certainement entouré de mangemorts. S'il n'avait pas de sympathie pour les habitants de Privet drive, il ne souhaitait pas pour autant qu'un bande de psychopathes s'en prennent à eux et les fassent mourir à l'issue d'une longue agonie.

Ses affaires étaient prêtes, mais où irait-il? Harry avait d'abord pensé se rendre à Godric Hollow's se recueillir sur la tombe de ses parents, mais après réflexion il avait jugé cette option bien trop périlleuse. Son inconscience et son mépris du danger avait déjà fait beaucoup trop de mal.

Il y avait aussi le Terrier, les Weasley l'aurait certainement accueilli malgré les risques, mais il ne voulait pas que sa famille adoptive souffre par sa faute.

La maison de Sirius? Il doutait de pouvoir accéder au 12, square Grimmaurd sans l'aide d'un membre de l'ordre. Un membre de l'ordre ! Mrs Figg! S'il se rendait maintenant chez la vieille cracmolle amoureuse de la gente féline, il trouverait certainement un auror en mesure de l'aider! Pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt?

Soudain sorti de sa torpeur, il sauta sur ses pieds et se précipita vers sa chambre pour récupérer ses affaires rangées dans une malle qu'il avait par la suite été réduite, pour occuper un volume d'une brique de lait UHT, le tout associé à un sortilège poids plume (la masse étant la même après réduction, il faut une autre force, opposée à la gravitation pour que le poids soit moins lourd...). Mais dès qu'il passa le seuil de la maison il percuta une silhouette massive qui s'apprêtait à sortir. Le jeune Potter leva les yeux vers la face massive reposant sur le cou de taureau d'oncle Vernon. Ce dernier virait au cramoisi sous l'effet de la colère que provoquait chez lui, à tord ou à raison, la présence de son indésirable neveu.

-Fais attention! Gronda-t-il, que faisais tu dehors à cette heure-là?

-Je réfléchissais, répondit Harry impassible.

Son oncle ne lui demanda pas à quel sujet; il détestait la magie et tout ce qui sortait un tant soit peu de l'ordinaire. Le sorcier ajouta :

-Je m'en vais, définitivement.

Le jeune homme vit se succéder différentes émotions sur le visage massif de son tuteur. De la stupeur pour commencer, puis un mélange de satisfaction intense et de profonde colère. Ce fut cette dernière qui sembla dominer.

-Alors comme ça, petit parasite, tu décides de partir sans demander l'autorisation à ta tante et moi après...

-Que se passe-t-il, le coupa une voix haut perchée qui provenait de l'escalier.

C'était tante Pétunia que les cris de son mari avait attirée.

-Il se passe que Môssieur s'est mis en tête de nous quitter sans nous demander notre permission.

Harry garda un instant le silence. Il se doutait que le véritable motif de l'ire de Mr Dursley était qu'il ne pourrait plus réaliser un de ses plus grands rêves : mettre à la porte cette chose dégoûtante avec un coup de pied en prime... Cependant, le lendemain, l'entrepreneur en perceuse serait le plus heureux des hommes.

Le visage chevalin de sa femme prit un expression indéchiffrable.

-Alors qu'il parte, je ne veux plus avoir à faire à ces monstres!

Sur ce, elle s'en fut.

Le jeune homme passa devant son oncle qui marmonnait des paroles incompréhensibles dans sa moustache et monta jusque dans sa chambre, pour stopper net devant la porte en contre-plaqué. Du bas s'échappait une faible lueur : il y avait quelqu'un ! Sur ses gardes, il saisit sa baguette et ouvrit la porte, prêt à faire face à une attaque de mangemorts. Il découvrit Ron et Hermione qui l'attendaient patiemment, assis sur son lit.

-Salut Harry, s'exclamèrent-ils d'une même voix qu'ils voulaient légère, joyeux anniversaire!

-Hey! comment se fait-il que vous soyez ici?

-Ron a passé son permis de transplanage la semaine dernière et on s'est dit que ce serait sympa de passer te voir pour ton anniversaire, expliqua Hermione.

-Pour s'assurer que tu ne partes pas sans nous, continua Ron.

-C'est gentil, mais...

-Mais quoi Harry? Ron et moi n'avons reçu aucune de tes nouvelles depuis le début des vacances, on avait de quoi s'inquiéter maintenant que c'est toi en tête de liste de personne à éliminer pour Voldemort.

Harry nota que Ron n'eut aucune réaction ridicule de crainte à l'évocation du nom honnis.

-Tu t'éloignes de nous...

-Peut-être parce que j'en ai assez de voir les personnes auxquelles je tiens souffrir et mourir par ma faute, répliqua le survivant.

-Et parce que tu ne nous fais pas confiance pour nous défendre tout seul, rajouta Ron amer.

Le fils cadet des Weasley avait toujours manqué de reconnaissance et le fait que son meilleur ami refuse de lui faire courir des risques retournait le couteau dans la plaie : il était un griffondor ! Il avait du courage à revendre, mais encore fallait-il qu'on lui en donne l'occasion, et ça Harry le savait très bien.

-Je suis désolé Ron, ce n'est pas...

-Nous sommes aussi venu te ramener au Terrier, le coupa Hermione, demain tu as un rendez-vous au ministère pour passer ton permis. Dans une semaine, c'est le mariage de Bill, tu es invité je te rappelle.

-Ouais, sauf si Voldemort nous localise et nous massacre tous avant.

-Cela n'arrivera pas, euh du moins pas tant que tu seras chez moi. En fait, plus personne ne peut trouver le Terrier car notre chère 'mione a acceptée d'être notre gardien des secrets. Eh! faut pas croire qu'on est stupide et inconscient!

-Tu es leur gardien des secrets? demanda Harry

Cette dernière acquiesça très humblement:

-Ils estimaient que j'étais la personne la mieux appropriée.

À voir comment se regardaient ses deux amis, le jeune Potter se dit qu'il y avait une part d'affectif dans cette décision. En effet, il semblait bien qu'ils avaient enfin admis leurs sentiments respectifs. Après tout, cela ne faisait que six années qu'ils se tournaient autour sans oser sortir ensemble.

-Bon! On y va, proposa Ron, c'est pas tout, mais l'heure tourne, et j'ai beau porter le rouge et or, je ne suis pas suicidaire au point d'attendre l'autre et sa clique.

Quelques minutes plus tard trois cracs sonores se firent entendre dans la plus petite chambre du 4, Privet drive. Officiellement, Harry transplanait avec Hermione, il n'a pas son permis, mais officieusement...

Ils atterrirent devant une étendue vague, couverte d'herbes folles, à l'orée d'un petit bois. La jeune fille leur donna un bout de parchemin sur lequel elle avait préalablement écrit leur destination. Les garçons lurent « le Terrier » et la maison de bois branlante préférée d'Harry apparut. Devant la battisse qui tenait encore debout par magie, se tenaient Molly Weasley, la très maternelle matriarche du clan Weasley, un petite femme rousse au grand coeur, et Ginny la petite dernière de la famille mais aussi fille dont Harry était amoureux.

Le jeune homme n'eut pas le temps de la saluer car déjà il était prisonnier de l'étreinte protectrice de Mrs Weasley.

-Harry! mon chéri comment vas-tu? Oh comme tu as grandis!

Phrase qu'elles disent toutes, même quand ce n'est pas vrai; mais Harry avait tout de même pris un ou deux centimètres depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus, il y a un mois.

-Maman, fit Ginny à la rescousse du jeune Potter, ce n'est plus un enfant, dans une heure il sera majeur.

-Alors il est encore un enfant pour une heure.

Harry sourit face aux élans maternels de Mrs Weasley. Elle était comme une mère pour lui, et il se rendait compte qu'il avait toujours besoin, un peu, de cette affection qu'il avait si peu connu.

-Papa viendra te chercher demain, l'informa Ron que le teint de tomate de son ami semblait amuser. Je ne sais pas encore quand on verra mes frères, ils sont occupés par... On rentre?

Tous s'exécutèrent, il n'était pas prudent de rester dehors à la nuit tombée, malgré les précautions prises. Sans compter les oreilles indiscrètes qu'il pourrait y avoir.

Une fois à l'intérieur de la cuisine et après avoir accepté et savouré une part de gâteau au chocolat comme seule Mrs Weasley savait les faire, orné d'une flammèche en forme de 17, ils reprirent leur conversation là où il l'avait laissée.

-Mes frères sont occupés par l'ordre, ils n'ont pas voulu me dire pourquoi. Enfin ils ont leurs raisons, constata résigné Ron.

-Qu'en est-il de Voldemort?

-Tu n'as pas lu la gazette, fit inquisitrice Hermione

Et maintenant le jeune Potter craignait d'entendre l'actualité.

-Si tu l'avais lue, reprit-elle, tu saurais qu'il n'a strictement rien fait depuis.. enfin depuis la mort de Dumbledore. Comme s'il s'était volatilisé, et je crois que même l'ordre n'a pas eu vent de ses activités. Il doit préparer un sacré coup, et quand cela tombera...

L'air parut soudain plus lourd, comme si une chape de plomb était tombée sur le groupe.

-Et qu'en est-il de Poudlard? L'école va-t-elle fermer?

-Non pas avec Scrimgeour au pouvoir. C'est un ancien auror et il connaît l'importance de l'éducation dans la lutte face aux fanatiques. Je crois qu'il y auras un nouveau directeur, mais ce ne sera pas McGonagall

-Pourquoi?

-Elle était trop proche de Dumbledore répondit Hermione.

-Bien, fit Mrs Weasley en digne mère de famille, il est temps d'aller vous coucher.