De : "GRENIER Jean-pierre" <jpdan.grenier arobase free point fr>
En décrétant pour certains départements le confinement dans des bâtiments de toutes les volailles, le gouvernement, sous le prétexte du principe de précaution, vient de signer l’arrêt de mort de tous les petits et moyens élevages avicoles bio et labellisés, qui font de la qualité avec des volailles de plein air. Et cela pour le plus grand profit des élevages industriels. En effet les cahiers des charges des labels, notamment pour la
bio, interdisent l’usage de molécules et d’additifs chimiques. Les volailles doivent trouver les compléments alimentaires dans les parcours herbeux. Si elles ne peuvent plus sortir, elles vont dépérir, sauf si l’éleveur se
résigne à utiliser les mêmes méthodes et produits que les éleveurs industriels, auquel cas il ne pourra plus garantir la qualité bio ou label à ses clients. Tout cela au nom du principe de précaution sur lequel le
gouvernement s’assoie tranquilement quand il s’agit des plantes transgéniques, notamment le maïs.
Si le danger vient du ciel par le biais des oiseaux migrateurs, alors pourquoi n’avoir pas interdit la chasse aux migrateurs, notamment la palombe. J’ai passé toute ma jeunesse à la campagne et je n’ai jamais vu un
canard sauvage, une oie sauvage ou une palombe se poser dans la cour de la ferme et venir picorer avec les poules alors que mon grand-père ramenait des palombes, parfois vivantes (attrapées au filet grace aux appaux) depuis le bois où il avait installé sa cabanne.
On le voit, il n’y a aucune cohérence dans ces mesures. A moins qu’il n’y ait l’intention cachée de se débarrasser des derniers paysans pour achever la mutation de l’agriculture vers le « tout industriel » comme on a le « tout nucléaire » pour l’énergie, ou bien simplement essayer de rassurer l’opinion publique, qui a été bien
conditionnée et affolée par les médias. Montrer que l’on fait quelquechose mais sans trop déranger les chasseurs.
Cette mesure est tout à fait disproportionné face au risque hypothétique (aucun cas averré à ce jour en France). En tant que citoyen et consommateur bio, je m’y oppose énergiquement. Je la refuse catégoriquement. Ce
gouvernement n’a aucune légitimité politique pour imposer quoique ce soit. Avec la série de défaites électorales alignées depuis deux ans, Chirac, s’il lui restait un peu de dignité, aurait démisionné depuis longtemps. Et ce
gouvernement ne montre aucune cohérence dans ses actions.
Cette mesure est la mesure en trop. Elle fait déborder le vase de la colère. Je suis prêt à m’engager dans des actions fermes de refus et de soutien aux éleveurs bio et labellisés, même si pour cela je devais sortir de la
légalité, mais en veillant bien au fait qu’il s’agisse d’actions pacifiques et non violentes. Je veux pouvoir conserver la liberté de consommer bio car pour moi le risque de consommer des produits alimentaires, assaisonnés de résidus de pesticides, est plus grand que le risque hypothétique de la grippe aviaire. Et sans parler des conséquences sur l’environnement de la production agricole industrielle. C’est aussi une question de dignité de pouvoir produire pour certains et consommer pour d’autres des produits bio ou fermiers.
Je fais donc un appel à la résistance aux aviculteurs, qui pratiquent l’ élevage de volailles de plein air car cette mesure les condamne au chomâge. Ils n’ont rien à perdre car s’ils doivent mourir, professionnellement parlant, autant mourir debout plutôt que de plier devant ce gouvernement irresponsable et illégitime.
Je fais un appel à ceux qui partagent ma colère. Montrons notre solidarité aux éleveurs que nous connaissons, assurons les de notre soutien actif par notre présence sur le terrain en cas de contrôle de l’administration et de
notre soutien financier en cas de pénalités et d’amendes. Un petit coup de fil de notre part peut les réconforter dans ces moments difficiles. En fait, agissons un peu dans le même esprit que les AMAP. Une lettre de protestation au ministre concerné permet aussi de marquer sa détermination.
Je fais un appel aux CIVAM bios et aux syndicats agricoles pour qu’ils récoltent les noms des personnes prêtes à s’engager dans l’action et pour qu ’ils coordonnent ces actions. Par exemple monter des comités d’ « accueil »,
prêts à intervenir lors de la visite d’un contrôleur. Je suis volontaire pour participer à des actions sur la Gironde avec le CIVAM bio 33.
Je fais un appel aux fonctionnaires du ministère de l’Agriculture pour qu’ ils refusent de collaborer à la mise en œuvre de cette mesure, au nom par exemple de la clause de conscience.
Cette mesure doit nous interpeller en tant que citoyen, car elle est priseau nom des citoyens par un gouvernement qui ne les représente plus depuis longtemps, mais aussi en tant que producteurs pour certains et consommateurs pour d’autres car elle remet profondemment en question la liberté des choix de productions et des choix de consommations au profit d’un modèle unique :
le modèle industriel et celui de la grande distribution.
Devant ce questionnement, à chacun sa réponse, en étant bien conscient toutefois que le silence et l’inaction vallent acquiescement.
Mérignac, le 25 Octobre 2005
Jean-Pierre Grenier,
Conseiller en Environnement.
Précision : Ce texte est une prise de position personnelle. Elle n’engage en rien l’association « Arbres et Paysages en Gironde » qui m’emploie.