La crise laitiere. L'avis d'un paysan.
Les producteurs de lait manifestent, font grêve, et crient leur désespoir.
Qu'est ce qui leur arrive, alors que l'opinion commune est que les agriculteurs sont largement subventionnés.
J'ai voulu comprendre, et pour cela remonter à la source en interrogeant un producteur de lait de ma campagne.
Andde Dubois paysan éleveur à Mendionde1, a une exploitation en cours de conversion bio2. Il vend lait pasteurisé, beurre, crème fraiche3 en vente directe, en tournée dans le canton, ou à une coopérative de taille humaine.
Il a bien voulu me consacrer un peu de temps au téléphone.
Tout d'abord un prix du lait très insuffisant.
Nous sommes payés au ras des paquerettes, de 260 à 285€ pour 1000 L de lait depuis 1 an. En mars 2009 le prix a dessendu de 100€ par tonne. Nous avons eu juste une légère augmentation en janvier dernier
On nous raconte, que l'explication est la suivante : en 2007, il y avait un manque de lait en Europe. Les industriels , la filière, nous a poussé à produire plus, ce qui a conduit à une surproduction faisant baisser les prix. L'Europe a décidée d'allouer 1% de quota supplémentaire a chaque producteur. Résultat des courses : une surproduction organisée.
Exactement. Cela fait 2 ans que ce yoyo est recherché. On nous organise le même même système que celui qui fixe le prix du porc, qui a connu de telles variations.
L'interprofession laitière. C'est elle qui finalement décide du prix du lait en organisant pénurie ou sur-abondance.
Cette interprofession est composée de trois forces.
l'industrie laitiaire, dominée par quelques grands groupes,
les coopératives laitières,
un syndicat unique la FNSEA.
D'autres syndicats paysans souhaiteraient participer à cet organisme, mais la FNSEA y a toujours fait barrage, alors que les autres acteurs, industriels et coopératives déclarent accepter plus de pluralisme syndical.
On peut donc souligner la participation de ce syndicat à la situation actuelle du marché du lait et de la détermination de son prix.
Pour une partie des paysans, oui. Mais ce n'est pas forcément possible pour tout le monde..L'objectif étant que le paysan puisse vivre de sa production
C'est ce que nous faisons par la vente à la ferme, aux superettes locales, par des tournées bi-hedomadaires, ou nous livrons le lait en porte à porte aux particuliers ou à des collectivités du canton, cantines scolaires, maisons de retraite, etc..
Une autre solution, est de s'organiser pour avoir des coopératives laitières ou le paysan est maître.
Souvent, pour des raisons de relations humaines, de taille, les coopératives sont gérées en réalité par quelques personalités.
Mais il y a d'autres modèles de coopératives.
Non, nous en vendons une partie de notre production à une coopérative, gérée par les paysans, ou' ils ont leur mot à dire. Ce sont des structures plus petites, plus locales.
Oui si elle a une spécificité, comme par exemple vendre du lait produit par des vaches nourries à l'herbe, la mise en place d'une AOC, il faut se différencier des autres laiteries.
Ce n'est pas aussi évident,
Dans la majorité des exploitations4 qui font du lait, les vaches ne mangent plus d'herbes, mais sont nouries à l'ensilage de maIs. Elles restent en étable hors sol toute l'année, ne voient jamais un brin d'herbe, et à peine le soleil.
C'est plus pratique, et plus simple pour l'éleveur.
Effectivement, tout cela coûte cher, et diminue d'autant les revenues des agriculteurs. C'est un systhème qui nous rend dépendant de l'agro-chimie. On doit payer tout cela et en plus souvent un entrepreneur agricole qui vient vous faire la récolte et l'ensilage du maïs avec ses machines.
Des laiteries font des achats groupés d'aliments soja . C'est présenté comme une économie, mais en fait ce la conduit à vous lier encore plus.
Non. Clairement non5 .
Les vaches nourries à l'ensilage ont une durée de vie moitié moins longue. Saviez vous qu'elles souffrent généralement de cirrose du foie, à cause de l'alcool présent dans l'ensilage ?
Une vache en ensilage vit environ 4 à 5 ans, donne deux à trois veau, quand une vache à l'herbe vit normalement 11 ans et produit bien plus de veau .
Nourrie à l'ensillage, elles sont plus fragiles aux maladies
Les vaches élevées en plein air ont parfois aussi de mamites, des problèmes de santé, mais moins souvent. Au lieu d'utiliser des antibiotiques, nous les soignont avec des huiles essentielles et l'aromatherapie. Le but est de développer les défenses de lanimal, qu'il soit plus fort ; au travers de cures de chlorure de magnésium. (À base de chlorure de magnésium (Cl Mg)).
Evidement. on a distribué des semences du commerce choisies pour leur productivité et écarté le reste. on a par exemple une herbe plus sensible à la rouille, ce qui a une influence sur la santé des bêtes. C'est moins bon pour la vache.
Vous savez certainement que pour que le beure des supermarchés soit jaune on lui rajoute du carotène, puisque le consommateur s'atend à trouver du beure jaune en toute saisons. Nous, nous le trouvons dans l'herbe que mangent nos bêtes.
Cette influence est certaine, et contribue à faire baisser les prix. Le lait produit au Pays basque ou en Allemagne est exactement le mème!
Il y a du lait de Nouvelle-Zélande! Il est moins cher grâce aux superficies dont disposent les exploitations là-bas. ils ont des excédents, des surplus qui sont exportés en poudres vers l'Europe. Cette poudre de lait convient bien aux industriels de la transformation du lait.
Pareil pour le goût des laits et des produits laitiers. Ils se ressemblent tous. Il y a moins de spécificités.
On seme des prairies sans goût.
Oui. Et ceci d'autan plus que les normes changent en moyenne tout les 2 à 3 ans. On peut se demander si ce n'est pas pour faire fonctionner l'industrie des équipementiers.
Sur ces équipements vous pouver rajouter une fosse qui coûte la peau des fesses pour reccueillir les effluents de la salle de traite, les eaux de lavage, etc... Il faut ensuite épandre périodiquement son contenu dans les champs, ce qui représente une dépense de gaz-oil7.
Nous nous sommes doté d'un traitement naturel avec des bacs à roseau, ceci dans l'idée de notre conversion bio et surtout par esprit écologique. Nous avons de la chance que cela ait été accepté!
Le rembourssement des emprunts pour payer ces équipements représente autant de revenus en moins. Notre travail n'est pas destiné à faire vivre ces gens mais notre famille.
Depuis 2009, gros ou petits, tous ont du mal à rembourser.
Ils ont surtout réussis à uniformiseés les goûts. C'est fait aussi sous la pression des grands de l'industrie agro-alimentaire,
Le paysan est petit et seul. Il est donc obligé d'acheter ces accessoirs, où il arrête. Il n'a pas son mot à dire.
Que tout les producteurs européens acceptent de faire 5% en moins, pour avoir une remontée des prix.
l'Europe depuis 3 ans permet 1% de plus chaque année sur les quotas laitiers.
Alors bêtes et disciplinés tout le monde à fait son 1 en plus. Seuls quelques uns protestent. Les industriels promettent de nous acheter le lait mais ne disent pas à quel prix...
Les quotas on été gelés par suite aux dernières grêves mais l'interprofession prevoyait récement de remetre ce 1% de croissance annuelle et de rattrapper le 1% « manquant », ce qui ne peut que faire baisser le prix d'achat du lait aux producteurs au profit des industriels.
Oui. C'est ce que demande le consommateur, et c'est ce que nous voulons nous aussi.
Il faudrait nourrir autrement des vaches plus rustiques.
Mais il ya des signes de changement, en particulier ici au pays basque.
Des paysans ont commencé à faire de la luzerNE; Mais il ne faut pas dire aux paysans <<faites ceci ou cela>>. Il faut essayer soit même, et cela marche à force, ils s'y mettent. Il faut qu'il y ait précurseurs courageux pour prouver aux autres.
Cela commence à aller dans le bon sens. La société veut manger différement.
Les paysans se posent de plus en plus de questions.
(d'abord un silence interloqué … )
Évidement que oui! Et je pense que c'est partout pareille., j'espère...
Nous en consommons tout les jours! Nous faison nos confitures, ma femme utilise le beurre de la ferme pour faire sa cuisine, ses gâteaux, …
Il serait vraiment triste qu'il en soit autrement.
Une surface de 26 ha, 30 vaches adultes, et 15 génisses pour une production annuelle de 6000 L de lait par vache.
http://creativecommons.org/licenses/by-nd/2.0/fr/
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1Exploitation Esnekiak (« produits laitiers» en basque) Maison Uhaldegaraia.
2Elle est travaillée selon les méthode de l'agriculture biologique, mais doit attendre encore 18 mois avant d'avoir droit au label bio.
3Je tiens à témoigner que cette crème est vraiment délicieuse avec les fraises produites à 2 km de là dans le même village basque .
4 Modèle moyen d'une exploitation laitière avec ensilage :
25 ha de maïs récolté et converti en ensilage rapidement. Cela permet de nourrir 40 vaches hors sol.
5Petit témoignage personnel. J'ai un vieux chat à la retraite, accroc au lait, mais qui souffre de diarrée odorante à chaque fois qu'il en boit, du moins lorsqu'il qu'il boit du lait industriel UHT. Le lait quasi-bio des vaches de Andde Dubois ne lui a provoqué aucun trouble. Il en redemande donc avec insistance.
6Je me rend compte que Marie la fermière, et son mari Guillaume nous ont fourni bien plus que du lait. Ils m'ont permis de faire connaître à mes enfants la paysannerie qui a forgé nos paysage depuis des millénaires, et qui a presque disparu en 30 ans.
7 et donc aussi une émission supplémentaire de gaz à effet de serre.